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Res Turner, un rappeur indépendant entre battles, antispécisme et transmission

Anaïs-Morgane Caradec 6 min de lecture
Res Turner, rappeur indie en battle, antispécisme

Res Turner est le nom de scène de Lionel Bordas, artiste indépendant né en 1982 et originaire d’Angoulême. Rappeur, slameur, freestyleur, improvisateur et graffeur, il a construit un parcours où la performance hip-hop accompagne des prises de parole sur la cause animale, l’écologie et les injustices sociales. Sa musique, ses battles et ses interventions auprès des jeunes reposent sur une même démarche : créer un espace d’écoute, puis ouvrir la discussion.

Les repères essentiels pour situer l’artiste

Repère Information
Identité Lionel Bordas
Nom de scène Res Turner
Origine Angoulême
Pratiques Rap, slam, freestyle, improvisation, graffiti et battle rap
Projets cités Resist et Harambé
Écoute page Bandcamp de Res Turner

Cette pluralité artistique ne se résume pas à une succession d’étiquettes. Chez Res Turner, le graffiti a précédé l’écriture rap, tandis que le slam et l’improvisation ont développé un rapport direct au public. Il évolue dans le morceau construit comme dans l’instant de scène, avec une attention particulière portée au texte, au rythme et à la clarté du propos.

Un pseudonyme né des lettres et de l’histoire

« Res », une signature venue du graffiti

Le premier élément de son nom d’artiste est lié à ses débuts dans le graffiti. Dans cette culture, le choix des lettres, leur dessin et leur impact visuel forment une signature. « Res » s’inscrit dans cette logique : un nom court, graphique et identifiable, qui relie son identité musicale à l’univers du writing et à la culture hip-hop.

Pourquoi ajouter « Turner » ?

Le nom « Turner » fait référence à Nathaniel Turner, présenté comme une figure historique d’un soulèvement d’esclaves afro-américains. Cette référence est associée à la lecture de Racines d’Alex Haley. Elle éclaire la dimension politique du pseudonyme : Res Turner ne présente pas l’art comme un refuge séparé du monde, mais comme une manière de regarder les rapports de domination et de les mettre en mots.

Le rapprochement entre une aiguille de tatouage et une bombe de peinture aide à comprendre ce cheminement : dans les deux cas, un geste précis laisse une trace durable sur une surface. Le rappeur travaille lui aussi la surface sonore par couches, avec le placement, les rimes internes, les silences et les refrains. Une idée ne passe donc pas seulement par l’argument : elle doit aussi s’imprimer dans l’oreille. Cette attention au détail explique pourquoi le texte et la performance restent liés dans son travail.

Du graffiti au rap : une trajectoire construite par la scène

Res Turner découvre le rap dès l’enfance, puis commence à écrire ses premiers textes vers 2003. Ses influences se situent à la croisée du rap américain et du rap français. Son parcours passe d’abord par le graffiti, avant de s’élargir au rap, au slam et aux formats d’improvisation. Il a notamment fait partie du groupe Slave Farm, avec lequel il effectue une tournée en Inde en 2009.

Ce voyage marque un tournant personnel et artistique. Il nourrit une prise de conscience sociale qui s’installe progressivement dans ses textes. L’artiste ne réduit toutefois pas le rap engagé à un discours frontal. L’énergie de la scène, l’humour, la technique et la capacité à improviser restent des composantes centrales de son identité.

Les battles comme école de précision

Les compétitions de battle rap ont renforcé sa reconnaissance. Res Turner a été deux fois champion du monde End of the Weak, trois fois champion de France EOW et champion de France du Red Bull Dernier Mot. Il a également participé à Rap Contenders. Ces formats demandent une maîtrise de la réplique, du souffle, de l’écoute de l’adversaire et de la présence scénique.

Ils permettent aussi de comprendre son aisance dans le freestyle. L’improvisation n’y repose pas sur le hasard, mais sur une écriture instantanée et une pratique régulière. Chaque réponse doit trouver sa place dans le rythme, tenir compte de l’adversaire et rester compréhensible pour le public. Les battles prolongent ainsi le travail d’écriture par une exigence de réaction immédiate.

Une musique engagée sans séparer l’art de l’action

Les textes de Res Turner abordent l’antispécisme, la cause animale, l’élevage intensif, l’écologie, le racisme, le sexisme, le harcèlement scolaire ou encore la situation des réfugiés. Son engagement pour les animaux s’est renforcé après la découverte du documentaire Earthlings, qui a contribué à son passage au végétarisme puis à une position antispéciste assumée.

Son activité dépasse l’écriture. Il a mené des actions militantes avec L214 et Anonymous for the Voiceless. L214 lui a proposé un contrat de chargé de campagne neuf ans avant l’article qui relate ce parcours. Il a aussi participé à des blocages d’élevages et d’abattoirs. Dans ses prises de parole, l’enjeu est d’interroger le spécisme, c’est-à-dire la hiérarchie établie entre les espèces, sans dissocier cette question des logiques économiques et écologiques.

Les données citées dans son discours donnent une dimension concrète à cette réflexion : trois millions d’animaux non humains seraient tués chaque jour en France, hors pêche, et 80 % d’entre eux proviendraient de l’élevage intensif. Ces chiffres s’inscrivent dans une critique plus large des modes de production et de la place accordée aux animaux. Le rap devient alors un moyen de rendre ces sujets audibles, sans les détacher des expériences et des choix de vie de l’artiste.

Des projets qui prolongent le message

Resist désigne à la fois un album et un mini-documentaire réalisé par l’artiste. Le projet vise à documenter et à rendre accessibles des sujets sociaux et environnementaux, notamment autour de la Montagne d’or en Guyane. Harambé, projet centré sur la cause animale, prolonge cette ligne. Des collaborations avec Kahifa, Tiwony, Yaniss Odua et Chyste Mc sont mentionnées, tandis que Greg Guillotin a soutenu le projet.

Ces projets montrent la place accordée à la collaboration dans son approche. Le morceau permet de réunir plusieurs voix, alors que le documentaire donne davantage de place à l’explication et au contexte. La musique et l’image servent donc le même objectif : faire circuler un message militant auprès de personnes qui ne fréquentent pas nécessairement les espaces associatifs.

Transmettre par le rap et retrouver sa musique

Res Turner intervient également dans des établissements scolaires et auprès des jeunes. Ses ateliers pédagogiques peuvent associer écriture, show et débat citoyen. Le rap devient alors une porte d’entrée concrète pour parler de harcèlement, de sexisme, de discriminations, d’environnement ou de respect du vivant. La musique capte l’attention, puis l’échange permet de formuler des questions parfois difficiles à aborder dans un cadre classique.

Cette méthode repose sur la participation. Les jeunes ne sont pas uniquement placés en position d’écoute : ils peuvent entrer dans l’écriture, assister à une performance et prendre part au débat. Le rap, le slam et l’improvisation donnent plusieurs façons de s’exprimer, tandis que la discussion permet de relier les thèmes abordés à des situations sociales concrètes.

Pour découvrir son univers musical, le point d’accès le plus direct reste sa page officielle sur Bandcamp. Elle permet de retrouver sa présence artistique et de suivre ses projets disponibles. Pour appréhender Res Turner dans son ensemble, il faut réunir ses différents terrains d’expression : le geste du graffeur, la rigueur du battle, l’écriture du rappeur et la parole du militant.

Anaïs-Morgane Caradec

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