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Rappeur du 93 : de NTM à Gazo, les figures et les chiffres d’une scène majeure

Anaïs-Morgane Caradec 6 min de lecture
Rappeur 93 : vinyle NTM/93 Empire et classement Spotify sur table, ambiance métro.

NTM, Kaaris, Sofiane, Maes, Gazo, Vald ou Tiakola : les rappeurs associés au 93 traversent plusieurs générations du rap français. Derrière ce nombre, la Seine-Saint-Denis rassemble des parcours et des styles très différents. Pour s’y retrouver, il faut distinguer trois choses : l’attachement au territoire, l’influence artistique et la popularité mesurée sur les plateformes.

Les noms à connaître et ce que signifie être « du 93 »

Le 93 est le numéro du département de la Seine-Saint-Denis, en Île-de-France. Dans le rap, il devient aussi un signe d’appartenance : une référence à une ville, à un quartier, à une jeunesse ou à un réseau artistique. L’expression « rappeur du 93 » ne signifie donc pas nécessairement « né en Seine-Saint-Denis ».

Infographie sur les rappeurs du 93, les générations du rap de Seine-Saint-Denis et le classement des streams Spotify
Infographie sur les rappeurs du 93, les générations du rap de Seine-Saint-Denis et le classement des streams Spotify

Un artiste peut être associé au département parce qu’il y a grandi, y a vécu ou y a construit une partie importante de son parcours. La naissance et l’ancrage revendiqué ne se confondent pas. Cette distinction permet de parler d’une scène commune sans réduire les biographies à un code postal.

Voici les principaux repères pour commencer, sans prétendre dresser une liste exhaustive :

  • Suprême NTM, JoeyStarr et Kool Shen : les figures fondatrices liées à Saint-Denis.
  • Kaaris et Maes : deux artistes fortement associés à Sevran.
  • Sofiane, également appelé Fianso : une figure fédératrice, notamment avec le projet 93 Empire.
  • Gazo, Vald et Tiakola : des artistes incontournables pour découvrir différentes expressions contemporaines du rap associé au département.
  • Freeze Corleone, Hornet La Frappe, Dinos et Landy : d’autres noms essentiels pour élargir l’écoute.

Ces artistes ne forment pas une école musicale uniforme. Leur point commun territorial n’efface ni leurs différences d’écriture, ni leurs choix de production, ni leur manière de s’adresser au public.

De NTM aux nouvelles générations : une histoire sans style unique

NTM, un repère fondateur

Formé en 1989 autour de JoeyStarr et Kool Shen, Suprême NTM occupe une place centrale dans l’histoire du rap de Seine-Saint-Denis. Le groupe porte une parole directe, une énergie scénique et une représentation de la banlieue qui marquent durablement le rap français. Son histoire s’inscrit aussi dans une culture hip-hop où musique, danse et graffiti dialoguent.

Sorti en 1991, Authentik atteint 90 000 exemplaires vendus. En 1998, l’album Suprême NTM enregistre 40 000 ventes dès le premier jour. Ces performances donnent une mesure de son audience à une époque où le streaming n’existe pas comme mode de consommation dominant. Elles expliquent aussi pourquoi son influence ne se lit pas dans un classement Spotify contemporain.

Kaaris, Sofiane, puis des trajectoires toujours plus diverses

Avec Kaaris et Sofiane, d’autres formes d’intensité prennent place : puissance des productions, impact des couplets, sens de la performance et collaborations. Il serait pourtant réducteur d’y voir une simple prolongation de NTM. Chaque génération transforme les codes qu’elle reçoit plutôt que de les reproduire à l’identique.

Maes, Gazo, Tiakola, Vald ou Dinos montrent ensuite combien cette scène peut accueillir des propositions différentes : mélodie, drill, ironie, introspection ou recherche de formules percutantes. Ces orientations sont des portes d’entrée, pas des étiquettes définitives. Un même artiste peut changer de registre d’un morceau à l’autre.

Pour découvrir cette diversité, mieux vaut écouter plusieurs titres par artiste : un succès populaire, un morceau plus personnel et une collaboration. Ce parcours évite de résumer une discographie à son single le plus diffusé.

Spotify : Maes en tête du classement cité, devant Gazo

Dans le classement de dix artistes attribué à Midi/Minuit et relayé par Booska-P, Maes arrive en tête avec 2,2 milliards de streams Spotify, devant Gazo avec 2,1 milliards. Vald et Tiakola suivent, chacun affichant 1,4 milliard d’écoutes dans les chiffres publiés.

Il s’agit d’un classement historique, et non d’un relevé en temps réel. La date exacte de collecte et le périmètre détaillé du calcul ne sont pas précisés ici. Ces volumes permettent de lire l’ordre du classement relayé, mais pas d’affirmer qui domine Spotify aujourd’hui.

Position publiée Artiste Streams Spotify annoncés
1 Maes 2,2 milliards
2 Gazo 2,1 milliards
3 Vald 1,4 milliard
4 Tiakola 1,4 milliard
5 Kaaris 1,3 milliard
6 Fianso 1,2 milliard
7 Freeze Corleone 1,1 milliard
8 Hornet La Frappe 921 millions
9 Dinos 821 millions
10 Landy 735 millions

Les valeurs affichées pour Vald et Tiakola étant identiques à cette précision, elles ne permettent pas de mesurer leur écart exact. L’ordre présenté reprend celui du classement publié.

Il faut également distinguer streams cumulés et auditeurs mensuels. Les premiers comptabilisent des écoutes ; les seconds mesurent une audience sur une période glissante. Ni l’un ni l’autre ne suffit à désigner le « meilleur rappeur du 93 ». L’ancienneté du catalogue, les collaborations et les habitudes d’écoute influencent ces indicateurs.

93 Empire : le territoire devient un projet collectif

Porté par Sofiane en 2018, 93 Empire donne une forme concrète au rassemblement départemental. Le projet fait cohabiter plusieurs générations et niveaux de notoriété, plutôt que d’aligner uniquement des vedettes du moment. Selon Le Parisien, la compilation réunit plus de quarante artistes sur 22 titres.

Son intérêt dépasse l’affiche : il permet d’entendre des artistes dans un cadre commun, avec les rencontres et les contrastes que cela implique. La présence de figures comme NTM, Kaaris et Sofiane matérialise un dialogue entre différentes périodes du rap de Seine-Saint-Denis, sans supposer que tous partagent la même esthétique.

Une collaboration collective agit aussi comme un canal de découverte : l’auditeur arrive pour un nom connu, repère un timbre ou un couplet inattendu, puis remonte vers une autre discographie. Pour explorer 93 Empire, noter les interprètes qui retiennent l’attention est donc plus utile que d’écouter seulement les titres associés aux artistes déjà familiers. Le projet devient un réseau d’aiguillage entre publics.

Avec 26 415 équivalents ventes en première semaine, dont 31 % en physique et 61 % en streaming, le projet traduit aussi cette mobilisation en résultats commerciaux. Le reste relève du digital. Ces équivalents ventes agrègent différents modes de consommation : ils ne correspondent pas uniquement à des albums achetés en magasin.

Comparer les rappeurs du 93 sans confondre succès et influence

Le bon point de comparaison dépend de ce que l’on cherche. Pour comprendre l’histoire, NTM constitue un repère indispensable. Pour observer une réussite sur Spotify, le classement cité place Maes et Gazo en tête. Pour saisir une dynamique collective, 93 Empire est une entrée particulièrement parlante.

Les indicateurs commerciaux apportent d’autres éclairages. Les Derniers Salopards de Maes est ainsi présenté comme le troisième album le plus vendu en France en 2020 et certifié triple disque de platine. Ce résultat renseigne sur le succès d’un projet précis, pas sur une supériorité artistique permanente.

L’identité du rap du 93 tient finalement moins à un son obligatoire qu’à la place du territoire dans les récits et les relations entre artistes. Les références locales peuvent raconter l’attachement, les difficultés, les ambitions ou la mémoire d’un quartier. Les écouter comme des points de vue, plutôt que comme le portrait uniforme d’un département, permet de mieux apprécier la richesse de cette scène.

Anaïs-Morgane Caradec

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